| Place des Abbesses, on
peut admirer l'une des deux dernières
marquises de station de métro imaginées
par Hector Guimard en 1899 installée
là depuis 1970, en provenance de
la place de l'Hôtel-de-Ville. L'église
Saint-Jean-de-Montmartre fut le premier
édifice religieux élevé
en béton armé (couverture
en brique rouge et céramique) par
Baudot, disciple de Labrouste et de Viollet-le-Duc,
entre 1894 et 1904. Annexe du théâtre
de la Ville de Paris, le théâtre
des Abbesses a été créé
en 1996 et construit par Vandenhove avec
la complicité d'artistes comme Buren,
Groumellec, Debré, etc.
Au fond de la pittoresque place Émile-Goudeau,
le Bateau-lavoir est riche de bien des souvenirs
littéraires et artistiques, même
si l'actuel édifice a été
reconstruit à l'identique en 1978
à la suite d' un incendie survenu
huit ans plus tôt. Van Dongen, Braque,
Apollinaire, Mac Orlan, Carco et bien d'autres
y ont mené la vie de bohème
et Picasso, son locataire le plus prestigieux,
y a réalisé Les Demoiselles
d'Avignon en 1906/1907.
Jadis, une trentaine de moulins égayaient
la butte Montmartre : ils ne sont plus que
deux de nos jours, soigneusement intégrés
dans le décor touristique montmartrois,
Le moulin qui domine le restaurant au coin
des rues Girardon et Lepic est en fait celui
du Radet, actif sur la Butte depuis 1717
et restauré en 1978. Le moulin de
la Galette, situé plus haut, a été
construit en 1622, mais sa vocation de guinguette
et de bal populaire ne date que des années
1860, grâce à un fils Debray
issu d'une dynastie de meuniers anéantie
lors de la défense de la Butte contre
les Russes en mars 1814... Renoir y a peint
le Moulin de la Galette (musée
d'Orsay), Toulouse-Lautrec, Utrillo, Dufy
et Émile Bernard y avaient leurs
habitudes.
Place Marcel-Aymé : une création
en bronze de Jean Marais a été
inaugurée le 25 février 1989
en hommage à Marcel Aymé,
Montmartrois d'adoption, qui publia en 1943
son œuvre la plus célèbre,
le Passe-Muraille, dont l'action
débute dans la rue d'Orchampt.
La mire du Nord est un petit monument situé
dans un endoit discret (accès au
1, avenue Junot) sur l'emplacement d'un
poteau planté le 14 août 1675
: ce repère géodésique,
ayant servi à la mesure du méridien
de Paris, répond à la mire
du Sud du parc Montsouris. On passe par
le square Suzanne-Buisson, marqué
par saint Denis. L'allée des Brouillards
traverse l'ancien domaine d'un château,
un lieu qui pouvait être jadis chargé
de mystère. Cette folie du XVIIIème
siècle, avait séduit Gérard
de Nerval, les musiciens Casadesus et le
peintre Renoir, La place Dalida honore une
artiste de variétés née
au Caire en 1933, débarquée
à Paris à la Noël 1954
et qui vécut longtemps à Montmartre,
dans ce quartier qu'elle aimait beaucoup.
Elle s'y suicida le 2 mai 1987 : le buste
de l'actrice-chanteuse a été
réalisé en 1997 par Alain
Aslan.
La Maison rose abrite aujourd'hui un petit
restaurant, mais elle est surtout connue
pour avoir été la maison du
peintre Utrillo (1883/1955), l'artiste de
Montmartre par excellence.
Le petit cimetière Saint-Vincent
(0,5 ha) a été ouvert le 5
janvier 1831 : le comédien Harry
Baur (1943), les peintres Utrillo (1955),
Steinlen (1923), Boudin (1898) et Chéret
(1932) et les écrivains Marcel Aymé
(1967) et Roland Dorgelès (1973)
y reposent.
Le Lapin Agile doit son nom à
une enseigne peinte par le dessinateur André
Gill en 1880, représentant un lapin
bondissant d'une casserole. Le jeu de mot
du lapin à Gill détrôna
l'ancienne appellation, quelque peu lugubre,
du Cabaret des Assassins qui affublait
cette guinguette installée en 1860.
Acheté en 1903 par Aristide Bruant,
ce modeste cabaret a conservé son
cachet ; Utrillo, Picasso, Braque, Derain,
Carco, Dorgelès le fréquentèrent.
Cet antre des chansonniers et des poètes
offre encore aujourd'hui sa salle aux débutants,
et prolonge la tradition populaire du cabaret.
Le musée de Montmartre, créé
par la société d'histoire
et d'archéologie Le Vieux-Montmartre,
est installé depuis 1961 dans un
vieil hôtel qui fut la propriété
d'un comédien de la troupe de Molière
dès 1680. Au XIXème siècle,
il fut habité par bien des artistes
: le peintre Émile Bernard y vécut
dix ans et y reçut Van Gogh et Gauguin;
Suzanne Valadon et le jeune Utrillo, Poulbot
(1879/1946), le créateur du petit
gamin montmartrois, Dufy y travaillèrent.
Le musée présente des collections
de documents, d'affiches et de tableaux
évoquant le passé de la Butte,
souvenirs du Montmartre populaire et bohème.
Au numéro 6 de la rue Cortot, on
peut visiter le placard d'Erik Satie: le
célèbre musicien y vécut
de 1890 à 1898,
La vigne de Montmartre a été
replantée en 1933 pour rappeler le
souvenir de cette activité agricole
jadis importante sur les versants de la
Butte: il fallait surtout occuper l'ancien
terrain de Bruant, qui aiguisait l'appétit
des bétonneurs de l'époque
et dont l'intégrité fut sauvée
en 1929 par un comité de soutien
où l'on comptait Poulbot et Willette.
Les premières vendanges eurent lieu
en 1934 sous le parrainage de Mistinguett
et de Fernandel.
Le clos Montmartre s'étend désormais
sur 1 500 m², plantés de près
de 1 800 ceps (gamay, pinot noir) : ces
vendanges parisiennes se déroulent
le premier samedi d'octobre! Les quelque
700 bouteilles de vin produites chaque année
sont vendues aux enchères au profit
des bonnes œuvres de la commune. Le
jardin sauvage Saint-Vincent laisse depuis
1985 la nature seule (ou presque) maîtresse
de l'espace. Une mare et un abri exposition
agrémentent ce jardin d'une superficie
de 1 480 m² où l'on peut suivre
un sentier cheminant parmi des plantes telles
que l'ortie blanche, le mûrier noir
et la chélidoine.
Ouvert en 1988, le petit parc de la Turlure
(0,5 ha), aménagé sur l'emplacement
d'un jardin de la congrégation de
Notre-Dame-du-Cénacle, livre de jolies
vues sur le chevet du Sacré-Cœur.
Saint-Pierre-de-Montmartre est une des plus
vieilles églises de Paris : un sanctuaire
dédié à saint Denis,
martyrisé non loin de là,
existait déjà au VIème
siècle. Il fut remplacé en
1134 par une abbaye de bénédictines
fondée par la volonté de Louis
VI le Gros et d'Adélaïde de
Savoie, son épouse, qui y finit d'ailleurs
ses jours. Seul vestige de l'abbaye, ruinée
à la Révolution, l'église
Saint-Pierre fut restaurée et rendue
au culte en 1904. Sa façade classique
date de 1688. Les portes en bronze présentent
des bas-reliefs de Gismondi (1980). À
l'intérieur, la voûte d'ogives
couvrant la travée du chœur
est la plus ancienne de Paris, avec celle
de Saint-Martin-des-Champs. Les vitraux
sont signés Max Ingrand (1954).
Haut lieu du tourisme montmartrois, la place
du Tertre remonte au XVIIème siècle,
quand le «tertre» qui
lui a laissé son nom fut aménagé
pour recevoir la potence de justice des
dames de l'abbaye de Montmartre. C'est aujourd'hui
le repaire des artistes plus ou moins doués
et des marchands de faux souvenirs qui exploitent
sans vergogne la veine touristique du lieu.
La mairie de la première commune
de Montmartre occupait une maison au n°
3.
Autre lieu historique : le restaurant À
la Mère Catherine, fondé
en 1793, où le mot « bistro»
entra en 1814 dans la langue française,
grâce à l'occupant russe.
La place du Calvaire, la plus petite place
de Paris, livre un beau point de vue sur
la capitale. Placée au sommet de
la Butte, à 127 m d'altitude, la
basilique du Sacré-Cœur est
depuis plus de cent ans un lieu de dévotion
et de pèlerinage drainant les catholiques
du monde entier : l'adoration eucharistique
y est pratiquée jour et nuit, assurée
par des croyants envoyés alternativement
par chaque paroisse parisienne! Un bourgeois
dévôt nommé Legentil
fait le vœu à la fin de 1870
d'édifier dans Paris une nouvelle
église dédiée au Sacré-Cœur
de Jésus si l'envahisseur prussien
finit par céder, mais aussi pour
expier les péchés de la France.
Ce vœu d'expiation nationale est réactualisé
après la Commune, avec le soutien
du cardinal de Paris qui choisit le site
de Montmartre, sanctifié par le martyre
de saint Denis mais perverti par la Commune,
tout un symbole! Le chantier est évalué
en 1873 à 7 millions de francs or
et un concours est ouvert : le projet néo-byzantin
de Paul Abadie est retenu parmi 78 maquettes.
Le 22 juillet 1873, à l'Assemblée
nationale, religieux et «rouges»
s'opposent sur le bien-fondé d'un
chantier qui sera finalement entériné
par 382 oui contre 138 non.
Abadie, auteur du plan initial, décède
en 1884. On doit le dôme, haut de
83 m, à Hervé Rauline (prodigieux
point de vue sur Paris). Le campanile a
été élevé entre
1905 et 1913 par Lucien Magne : haut de
80 m, il abrite la Savoyarde,
l'une des plus grosses cloches du monde
(19 tonnes), fondue à Annecy et offerte
par le diocèse de Savoie. À
l'intérieur, une mosaïque signée
Luc-Olivier Merson décore la voûte
du chœur (475 m²). La crypte rend
hommage à ceux qui fondèrent
ce vœu national qui nous vaut un des
monuments parisiens les plus controversés.
La construction de la basilique aura finalement
coûté 45 millions de francs
or.
Au pied du Sacré-Cœur, s'étend
le square Willetie. Aménagé
en gradins sur le flanc méridional
de la Butte par Jean-Camille Formigé
vers 1880 au prix de considérables
travaux, il couvre près de 2,4 ha
et abrite bon nombre d'arbres remarquables
(plus de 50 espèces d'arbres et arbustes)
: l'oranger des Osages, le figuier, le grenadier,
l'arbre de Judée ou le chêne
vert si commun dans le midi
de la France. La création du
funiculaire de Montmartre remonte à
1900, époque de la grande vogue de
la Butte. Il fonctionnait alors selon un
système hydraulique et ne fut électrifié
qu'en 1934. Depuis 1991, un nouveau funiculaire
hisse les voyageurs sur une distance de
103 m et un dénivelé de 36
m, à une vitesse de 3,50 m par seconde.
Les gares en verre et en métal comme
les cabines ont été réalisées
par le designer Roger Tallon.
La halle Saint-Pierre, construite en 1868
par un disciple de Baltard, accueille depuis
1986 le musée d'Art naïf constitué
autour de la collection Max Foumy.
La légende veut que ce soit au numéro
9 de la rue Yvonne-le-Tac que se déroula
le martyre de saint Denis, premier évêque
de Paris et de ses deux acolytes, le prêtre
Rustique et l'archidiacre Éleuthère
: vers 250, saint Denis fut décapité
là, ramassa sa tête, la lava
dans une fontaine de l'actuel square Suzanne-Buisson
puis marcha jusqu'à Catulliacus,
le but de ses pérégrinations,
où se dresse aujourd'hui la basilique
de Saint-Denis. Dès le IXème
siècle, une chapelle (Sanctum
Martyrium) marquait l'endroit du martyre
et devint une dépendance de l'abbaye
bénédictine de Montmartre,
fondée au XIIème siècle
par Louis VI le Gros.
Le 15 août 1534, Ignace de Loyola
y fonda avec six compagnons la célèbre
Compagnie de Jésus, à l'origine
de l'ordre des Jésuites. Ce sont
d'ailleurs ces derniers qui firent construire
l'actuel sanctuaire en 1887.
Le peintre Maurice Utrillo avait de
qui tenir : fils de Suzanne Valadon, qui
fut modèle de Renoir et brillante
artiste peintre, et de l'artiste espagnol
Miguel Utrillo y Molins, il est né
le 26 décembre 1883 sur la Butte.
Vagabond dans l'âme et très
porté sur l'alcool, le jeune Utrillo
fréquente vite les établissements
spécialisés comme Sainte-Anne
puis, plus tard, Villejuif ou Picpus. À
partir de 1902, il se met à la peinture
sur les conseils d'un médecin. Cet
artiste autodidacte et solitaire à
la réputation de peintre maudit connaîtra
pourtant le succès dès 1919
(il reçoit la Légion d'honneur
en 1928) et la gloire internationale avant
la Seconde Guerre mondiale (exposition à
New York en 1939), Pourtant, avec la renommée,
son talent décroît et beaucoup
regrettent l'Utrillo "première
manière", si proche de Sisley
et de l'impressionnisme... Mort en 1955,
il est enterré dans le cimetière
Saint- Vincent, non loin de là, en
compagnie de sa femme Lucie Valore.
L'histoire du Sacré-Cœur
mériterait à elle seule un
ouvrage complet. Entre la décision
d'élever la basilique prise par l'Assemblée
nationale le 22 juillet 1873, la pose de
sa première pierre le 16 juin 1875
et sa consécration le 16 octobre
1919, quatre architectes se sont succédé
aux commandes d'un chantier compliqué
par un site miné par les carrières
(83 piliers de maçonnerie furent
nécessaires pour stabiliser l'édifice
à 38 m de profondeur), des problèmes
graves de financement et la Première
Guerre mondiale... Au bout du compte, un
monument parisien tout aussi emblématique
que la tour Eiffel ou l'Arc de Triomphe
et qui suscita (et suscite encore!) tout
autant de controverses et de passions.
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