| Ancienne
zone marécageuse vouée aux
cultures et à l'élevage (d'où
son nom), le Marais s'inscrit entre Bastille,
République et Hôtel de Ville.
Il est devenu un endroit recherché
dès l'installation de Charles
V à l'hôtel Saint-Pol.
Par la suite, Charles
VI occupe l'hôtel des Tournelles
où Henri
II, gravement blessé lors d'un
tournoi, rendra son dernier soupir en juillet
1559. L'âge d'or du Marais trouve
son point de départ au moment où
Henri
IV décide la réalisation
de la place Royale, future place des Vosges.
Dès lors, nobles, bourgeois et financiers
y dressent de somptueux hôtels construits
par les architectes les plus en vue et décorés
par les plus grands artistes de l'époque.
La Révolution porte un coup fatal
au quartier, qui va entamer une longue période
de déclin : sauvé des réaménagements
haussmanniens par la chute du second Empire,
le Marais devient industrieux.
En 1962, grâce à André
Malraux, le quartier est sauvé. En
ce début de troisième millénaire,
le Marais élégamment restauré
et toujours plus attractif et "branché"
se laisse redécouvrir avec un réel
bonheur. Il est même devenu un lieu
très couru des noctambules parisiens.
L'hôtel Carnavalet est un majestueux
édifice Renaissance du XVIème
siècle, remarquablement remanié
par François Mansart en 1660 et auquel
est attaché le souvenir de sa locataire
la plus prestigieuse, Marie de Rabutin-Chantal,
marquise de Sévigné et célèbre
épistolière , qui y vécut
entre 1677 et 1696. Acquis par la Ville
de Paris en 1866, il fut transformé
en 1880 en un musée dédié
à l'histoire de la capitale des origines
à nos jours. Il s'est étendu
avec l'acquisition de l'hôtel Le Peletier
de Saint-Fargeau construit vers 1689 pour
une famille dont un membre entra dans l'histoire
assez tragiquement : Louis Michel Le Peletier
Saint-Fargeau vota en effet la mort de Louis
XVI mais il fut assassiné par
un garde du corps de ce dernier la veille
de l'exécution, le 20 janvier 1793.
Ce musée municipal présente
des collections d'une grande richesse :
2 500 peintures, presque autant de sculptures,
des milliers de dessins... Des témoignages
archéologiques, des objets, du mobilier,
des dessins, des estampes et des photographies
(300 000 pièces), des peintures,
notamment les merveilleux tableaux de Nicolas
Raguenet (1715-1793), surnommé le
«Canaletto parisien»...
140 salles exposent donc un patrimoine unique
à découvrir sans tarder.
Dans le square Léopold-Achille, on
remarquera un pterocarya du Caucase et un
pêcher à fleur planté
au début du XXème siècle.
Le square Georges-Cain occupe sur un peu
plus de 2 ha l'emplacement des jardins
de l'hôtel Le Peletier de Saint-Fargeau,
dont on voit l'orangerie. Il fait office
de jardin lapidaire où reposent quelques
vieilles pierres : statue de Laurent Magnier
(XVIIème siècle) intitulée
Flore et son char. On peut y admirer
des rosiers, des bouleaux, des sophoras
et, surtout, un figuier haut de 6 m.
L'hôtel de Donon fut construit vers
1575 pour un contrôleur général
du Roi et abrite depuis 1988 le musée
Cognacq-Jay, installé auparavant
boulevard des Capucines et légué
en 1928 à la Ville de Paris par son
créateur, Ernest Cognacq, fondateur
de la Samaritaine.
Dédié au XVIIIème siècle,
ce musée présente du mobilier
et des objets décoratifs de l'époque,
ainsi que des peintures dont le célèbre
Gilles de Watteau, mais Fragonard,
Boucher, Greuze et Hubert Robert sont aussi
au rendez-vous.
Au n°1, rue de la Perle, un hôtel
a été construit vers 1686
pour son propre usage par Libéral
Bruant (1635-1697), le célèbre
architecte des Invalides et de l'église
de la Salpêtrière. On peut
y visiter le musée de la Serrure-Bricard
qui présente des pièces rares
comme des clés romaines et des serrures
gothiques ou Renaissance. Élevé
entre 1656 et 1660 par Jean Boullier de
Bourges pour un riche financier, par ailleurs
fermier des gabelles enrichi par la taxe
sur le sel, d'où son nom, l'hôtel
Salé abrite depuis 1985 le musée
Picasso. Les locaux ont été
réaménagés par Roland
Simounet, afin de présenter une riche
collection constituée de plusieurs
dations (paiement en œuvres de droits
de succession) : 251 peintures, 160 sculptures,
plus de 1 500 dessins, 107 céramiques...
Consacré au seul maître, dont
la carrière s'étend de 1894
à 1972, le musée présente
aussi sa collection particulière
constituée de tableaux de peintres
qu'il admirait dont le Douanier Rousseau.
Les Archives nationales occupent un quadrilatère
délimité par les rues des
Archives, des Quatre-Fils, Vieille-du-Temple
et des Francs-Bourgeois. Affecté
aux Archives depuis 1927, l'hôtel
de Rohan-Strasbourg a été
remanié au début du XVIIIème
siècle par l'architecte Delamair.
Au n° 58, rue des Archives, le portail
fortifié avec ses deux tours coiffées
en poivrière demeure le seul vestige
du vieil hôtel de Clisson (1371-1375),
et le dernier témoin d'architecture
civile du XIVème siècle conservé
dans Paris... L'hôtel de Soubise abrite
les Archives depuis 1808, selon le souhait
de Napoléon 1er. Récemment
restauré, il est l'œuvre de
Delamair qui remania de manière définitive
le vieil hôtel de Clisson entre 1705
et 1709 pour la puissante famille du prince
François de Soubise. Sa façade
majestueuse (56 colonnes couplées)
donne sur une cour d'honneur aux dimensions
impressionnantes : 62 m de long sur 40 m
de large. Ce palais, dont la riche décoration
intérieure est l' œuvre de Germain
Boffrand (1735), abrite également
le musée de l'Histoire de France
depuis 1867 : il présente des collections
de lettres, de manuscrits et de documents,
dont l'original de l'Edit
de Nantes (13 avril 1598), le testament
de Louis XIV et le fameux journal intime
de Louis
XVI.
La rue des Blancs-Manteaux doit son nom
à un ordre religieux interdit en
1274 et dont les moines portaient un manteau
blanc: le couvent conservera ce nom malgré
l'installation des frères de Saint-Guillaume,
vêtus de noir... Notre-Dame-des-Blancs-Manteaux
a été achevée vers
1690, mais sa façade classique provient
d'une église de la Cité (église
des Barnabites), bâtie en 1707 et
démolie par Haussmann en 1863. D'autres
remaniements ont été réalisés
à cette époque par Victor
Baltard.
Le square Charles-Langlois est dominé
par un magnifique érable pourpre
et un paulownia au tronc noueux.
Au coin de la rue Vieille-du-Temple et de
celle des Francs-Bourgeois, s'élève
le bel hôtel Hérouet, bâti
vers 1500 mais gravement endommagé
par le bombardement du 6 août 1944
et entièrement reconstruit depuis:
il ne reste de l'édifice initial
que la jolie tourelle en encorbellement.
En pénétrant dans la rue des
Rosiers, on entre dans un autre monde. Nous
sommes au cœur du quartier juif : l'ancien
chemin de ronde de l'enceinte de Philippe
Auguste accueillait déjà la
communauté juive au XIIIème
siècle. La tragédienne Rachel
y vécut pauvrement durant son enfance
vers 1830. On peut y voir .de beaux témoignages
architecturaux du XVIIIème siècle,
des boutiques et des restaurants typiques
et pittoresques, notamment le célèbre
restaurant Jo Goldenberg réputé
pour proposer une des meilleures cuisines
d'Europe centrale de Paris.
La rue François-Miron conserve deux
maisons médiévales à
pans de bois fortement restaurées
cependant (n° 11 et 13).
Au n° 68, l'hôtel de Beauvais
fut édifié entre 1655 et 1660
par Antoine Lepautre pour Catherine de Beauvais,
une protégée d'Anne d'Autriche.
Alors qu'il appartenait à l'ambassadeur
du roi de Bavière, l'hôtel
reçut le jeune Mozart en 1763 pendant
plusieurs mois, le jeune prodige, âgé
de 7 ans, se produisit à Versailles
et en profita pour y écrire ses quatre
premières sonates...
L'hôtel de Sens fut construit entre
1475 et 1507 pour les archevêques
de Sens, dont l'évêché
de Paris dépendra jusqu'en 1622.
Cet hôtel-forteresse, aux caractères
gothiques mis en valeur par une restauration
vigoureuse au cours du XXème siècle,
demeure l'un des derniers témoignages
de l'architecture civile médiévale
dans Paris, avec l'hôtel de Cluny
et la maison Jacques-Cœur. Cette ancienne
demeure de la reine Margot était
tombée en ruines lorsqu'elle fut
achetée par la Ville de Paris: après
restauration, elle abrite depuis 1961 la
bibliothèque Forney, fondée
en 1886 par un industriel parisien et dédiée
aux arts décoratifs et techniques.
Le village Saint-Paul est un îlot
urbain sauvé de la démolition,
joliment restauré et voué
aux antiquités et à la brocante
(grand marché quatre fois par an).
En poursuivant la rue des Jardins-de-Saint-Paul,
on peut admirer le chevet de l'église
Saint-Paul-Saint - Louis et quelques vestiges
importants de l'enceinte de Philippe Auguste
(deux tours du XIIème siècle).
Depuis 1965, la Caisse Nationale des Monuments
Historiques occupe l'hôtel de Sully,
considéré comme l'un des plus
beaux du Marais : construit dans un style
Renaissance à partir de 1624, il
acquiert sa magnificence quand il devient
propriété de Sully, ancien
ministre d'Henri
IV, qui le décore abondamment
: belle cour intérieure. L'orangerie,
dans le jardin où se dresse un beau
chêne vert, livre un accès
sur la place des Vosges.
L'ancienne place Royale d'Henri
IV doit son nom actuel à Napoléon
1er qui décida en 1800 de la baptiser
du nom du département qui acquitta
le premier ses impôts! Cette merveilleuse
place close est bordée de 36 pavillons
sur arcades (soit 9 sur chaque côté)
en brique et en pierre, dont le pavillon
surélevé du Roi (n° 1),
auquel répond en face celui de la
Reine (n° 28). Au centre de la place,
le square Louis-XIII s'étend sur
1,3 ha : il fut créé sous
Louis
XIV, planté de tilleuls en 1783
avant d'être réaménagé
en jardin public à la fin du XIXème
siècle. La statue équestre
de Louis
XIII a été réalisée
en pierre par Cortot et Dupatyen 1829 pour
remplacer la statue de bronze initiale,
installée en 1639 par Richelieu et
renversée à la Révolution.
Sur la charmante petite place du Marché
Sainte-Catherine, à l'ombre des mûriers
blancs, il est très agréable
de s'arrêter à la terrasse
d'un bar pour savourer un café.
L'église Saint-Paul-Saint-Louis est
un bel exemple des constructions réalisées
par les jésuites au XVIIème
siècle. La première pierre
de l'édifice fut posée par
Louis
XIII en 1627 et, le 9 mai 1641, Richelieu
y célébra la première
messe.
Paroisse d'un quartier chic et aristocratique,
elle fut longtemps célèbre
pour sa richesse décorative et l'importance
de son reliquaire (les cœurs de Louis
XIII et de Louis
XIV) autant que pour la notoriété
de ses prédicateurs (Bossuet et Bourdaloue)
et de son assistance (Mme de Sévigné).
On admire la façade baroque à
trois niveaux, œuvre du père
Derand, qui cache un dôme haut de
55 m, annonçant ceux de la Sorbonne
ou des Invalides. Son plan est inspiré
de l'église du Gesù de Rome:
les belles chapelles latérales remplacent
le bas-côté. Les décorations
intérieures ont été
dispersées à la Révolution
mais subsistent quelques œuvres signées
Simon Vouet auxquelles s'ajoute le Christ
au jardin des oliviers de Delacroix
(1827).
La place des Vosges : à l'origine,
il y avait un marché aux chevaux
établi sur l'emplacement de l'hôtel
royal des Tournelles, détruit par
Catherine
de Médicis à lasuite de
la mort accidentelle de son mari Henri
II en juillet 1559. Aménagée
à partir de 1604, dans le cadre d'un
ambitieux programme industriel et social,
la place devint, dès 1609, suite
à la faillite de la manufacture de
soie, un lieu de commerce et de détente
pour l'aristocratie du moment. Son ordonnancement
n'a pas changé depuis les directives
données par le roi urbaniste. Elle
fut inaugurée en avril 1612, deux
ans après la mort de son initiateur,
et sa restauration générale,
entamée en 1965, se poursuit lentement.
L'endroit a toujours été attractif.
Si Madame de Sévigné y est
née le 5 février 1626, Bossuet,
Rachel, Alphonse
Daudet et Théophile Gautier y
vécurent, sans oublier son habitant
le plus illustre, Victor Hugo qui habita
de 1832 à 1848 au n°6, au deuxième
étage de l'hôtel de
Rohan-Guéménée acquis
par la Ville de Paris en 1873 et transformé
en musée dès 1902 pour le
centenaire de sa naissance. On peut y voir
de nombreux souvenirs et documents évoquant
l'illustre poète et écrivain,
ainsi qu'une collection de ses remarquables
dessins.
Avant de partir pour la croisade. Philippe
Auguste (1165-1223 - roi de 1180 à
1223) décide de protéger Paris
par une enceinte fortifiée. Construite
de 1190 à 1208, l'enceinte de la
rive droite était une muraille de
10 m de haut et de 3 m d'épaisseur,
ponctuée de tours disposées
tous les 60 m (une trentaine) et percée
de six portes. Ce n'est qu'entre 1209 et
1213 que l'enceinte de la rive gauche fut
élevée. À son achèvement,
elle délimitait une ville qui s'étendait
sur 253 ha.
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